RENCONTRE AVEC SERGE MARQUIS

Médecin et thérapeute spécialisé dans la santé mentale au travail, Serge Marquis est l’auteur d’un best-seller « On est foutu, on pense trop ! », publié aux Éditions de La Martinière. Après le succès incroyable de son essai, il revient cette fois avec un roman intitulé « Le jour où je me suis aimé pour de vrai » (Editions de la Martinière). Un récit qui se donne comme ambition de « soigner l’ego ».  Pour en parler, Serge Marquis met en scène un petit garçon, dont l’incroyable sensibilité n’a d’égale que l’égotisme de sa mère, une neuropédiatre  qui  « compte sur le cancer pour la rendre célèbre et donc heureuse ».
Qu’est-ce que l’ego ? Comment nous influence-t-il  au quotidien ? Comme en réduire l’influence  et tendre vers la paix intérieure ? Ce roman « feel good » livre de précieux conseils pour apprivoiser cet ego qui nous en fait voir de toutes  les couleurs.

RENCONTRE AVEC UN ENFANT AUX CHEVEUX BLANCS ESPIÈGLE ET CURIEUX.

Votre dernier essai « On est foutu, on pense trop » a rencontré un grand succès. Pourquoi avoir choisi la fiction cette fois-ci pour parler de l’ego ?
Mon dernier livre a suscité beaucoup de questions de la part des lecteurs et je voulais y répondre différemment pour éviter de refaire le même livre ! L’idée était d’aller dans l’émotion, de présenter des scènes dans lesquelles les gens pouvaient se reconnaître. J’ai voulu montrer comment un personnage pouvait traverser les épreuves et trouver la lumière.

« J’ai voulu montrer comment un personnage pouvait traverser les épreuves et trouver la lumière. »

Comment est né ce personnage d’enfant? L’avez-vous réellement rencontré ?
Oui ! Dans le cadre de mes consultations en pédiatrie, j’ai rencontré un petit garçon âgé de 9 ans, souffrant d’une grave maladie pulmonaire. Il a été pour moi la confirmation qu’un enfant tel que mon personnage, Charlot, lucide et profond, pouvait exister.

Dans votre roman, Charlot pose des questions « sérieuses » balayées d’un revers de la main par les adultes. Etait-ce une manière de réhabiliter la parole des enfants ?
Je rêvais de faire un livre qui serait un dialogue entre une mère et son fils.

J’ai fréquemment rencontré des enfants qui arrivaient avec des questions existentielles mais qui n’étaient malheureusement pas pris au sérieux par leurs parents. C’est une façon de dire aux parents : prenez ces questions au sérieux ; n’imaginez pas que la vie s’en chargera. Entrez dans un dialogue, explorez avec eux même si vous n’avez pas toute la réponse.

C’est une problématique qui vous tient à coeur ?
Depuis que le livre est paru, certaines personnes me demandent s’il est possible qu’un enfant s’interroge de manière aussi profonde sur le sens de la vie. Je leur réponds évidemment par l’affirmative ! D’autres m’interpellent, comme cette maman qui me racontait que son petit garçon de trois ans lui avait demandé « maman pourquoi on meurt ? , « Pourquoi j’existe ? « . Des questions très profondes, existentielles, auxquelles on doit répondre de la même façon que si on s’entretenait avec un adulte.

Comment l’ego se construit-il ?
L’ego est extrêmement complexe. Je suis allé chercher des informations du côté de Freud, de Jung et même du bouddhisme. En orient, l’ego est une illusion alors qu’en Occident, on l’appréhende comme s’il s’agissait d’une entité solide. La réponse la plus satisfaisante m’est venue d’un philosophe, Krishnamurti qui suggère que l’ego n’a pas toujours existé et s’est construit au fil de l’évolution de l’humanité.

« Je compare souvent l’ego à un oignon qui fabrique constamment des pelures identitaires. »

Selon Krishnamurti, la première identification correspond à ce qu’on possède : c’est le procédé utilisé par la publicité. Le cerveau aujourd’hui ne font plus la distinction entre une véritable menace à la survie et une menace à une pelure identitaire : il déclenche une même réaction de lutte ou de fuite. Biologiquement, on secrète les mêmes hormones que si l’on était dans la jungle face au rugissement d’un fauve.
Cela a des conséquences importantes sur les jeunes qui ne font souvent plus la différence entre leur image et leur être. On en voit tous les jours les effets dévastateurs sur les réseaux sociaux.

Comment l’expliquez-vous ?
L’ego prend de plus en plus de place dans nos sociétés occidentales, ce qui entraine une confusion  entre le monde de l’être et celui de l’ego. Charlot découvre dans le roman  que le pouvoir de l’amour et de l’émerveillement permet de le dépasser. Lorsque l’on est dans l’ego, on fonctionne sur un mode défensif ou d’ajout. Par exemple, les personnes qui s’identifient à leur travail peuvent avoir le sentiment, quand leur situation professionnelle est mise à mal, qu’il s’agit d’une attaque à leur être, jusqu’à parfois se dénigrer totalement.

« Lorsque l’on est dans l’ego, on fonctionne sur un mode défensif ou d’ajout ».

Comme peut-on lutter contre l’ego ?
Il faut prendre conscience que l’ego n’est pas une menace et revenir au moment présent. Etre dans la présence, est la clé qui permet de retrouver l’essence même de son être. Sans présence, on ne peut pas aimer, savourer, s’émerveiller ».

C’est difficile dans un monde dans lequel la notion de réussite se construit autour de critères sociaux et matériels.
Effectivement. Certains jeunes que je rencontre associent souvent la réussite à l’argent, la célébrité et l’attention qui l’accompagnent. Je leur réponds que la réussite se mesure au temps qu’on aura vraiment passé dans la présence.

Peut on se débarrasser complètement de son ego ? Est-ce vraiment souhaitable ?
Personnellement je ne crois pas possible de m’en débarrasser  mais je fais le nécessaire pour ne pas rester focalisé sur les émotions négatives.

Le grand défi est d’observer l’activité de l’ego et de regarder comment il vient saisir mon attention. A partir du moment où l’on développe une vigilance, on peut revenir dans la présence.

«  Rappelle-toi que tout est offert et qu’il suffit d’être là (…) Rappelle-toi que rien ne dure et que tout est relié ».

L’ego a-t-il des fonctions positives ?
En psychiatrie, on considère que l’ego peut permettre à l’enfant, à une certaine période de sa vie, de s’affirmer, de se protéger, et de poser des limites. Pour ma part, je n’en suis pas convaincu. Je pense que si l’on donnait aux enfants un espace leur permettant de développer leurs talents dans la présence, on observerait peut-être que l’ego n’est pas nécessaire.

Quelles pratiques conseillez-vous pour être dans la présence ? La méditation ?
 Il est possible de méditer sans passer par une pratique telle qu’on l’entend traditionnellement. Par exemple, quand j’écoute une autre personne, que je l’écoute vraiment, je médite…
Dans le roman, Charlot le répète à sa mère qui ressasse et se disperse : « Reviens ici, Reviens ici… »
On peut méditer presque toute la journée dans ce sens là : être dans la présence, être sans arrêt vigilant car l’attention peut se laisser disperser facilement par le mental.
Méditer, c’est observer le fonctionnement de son esprit.

Votre roman a l’ambition de « soigner l’ego » et il donne de fait des clés pour mieux se rendre présent à la vie. De votre côté, quelles lectures vous ont guidé et « soigné » dans votre parcours ?
Romain Gary  mais aussi Christian Bobin, dont j’aime l’extrême sensibilité et Krishnarmurti ont joué un rôle important.
 De nombreux poètes comme Kundera, m’ont également accompagné dans mon cheminement et ma réflexion sur l’ego. Je pourrais également citer les livres de Mathieu Ricard et Christophe André… et d’une manière générale, toutes les personnes qui réfléchissement à la souffrance humaine.

 

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