RENCONTRE AVEC DEBORAH ALMA

Deborah Alma n’a pas froid aux yeux. Après un parcours atypique, la quinquagénaire s’est inventée un métier qui associe son amour de la poésie et son goût pour les autres :  prescriptrice de poésie.
A bord d’une ambulance des années 1970 achetée sur Ebay, cette amoureuse des mots sillonne l’Angleterre à la rencontre d’un public composé de curieux et d’âmes cabossées par la vie. Dans son antre nomade, Déborah est entourée de flacons remplis… de poèmes qu’elle offre à ses « patients » en fonction de leur demande ou de leurs « symptômes ».
Et ça fonctionne ! Les festivals, les hôpitaux, les écoles s’arrachent cette drôle de dame qui s’est donnée comme mission de semer dans les cœurs des graines de poésie vivante.

ENTRETIEN AVEC UNE POÉTESSE URGENTISTE

 

2172198697D’où  vient votre amour pour la poésie ?
J’ai grandi dans un quartier du nord de Londres où la poésie était quasiment inexistante ! Mais ma grand-mère qui a beaucoup compté pour moi aimait les poèmes et les comptines. Cela m’a influencée. Adulte, je suis revenue à la poésie avec la maternité : alors maman de d’enfant en bas âge, j’ai trouvé qu’il était plus facile de leur lire des poèmes plutôt que de longues histoires.

« Guérir les personnes atteintes de démence avec de la poésie »

Comment vous est venue l’idée de prescrire de la poésie  ?
L’idée a fait tilt mon esprit et m’est tombée dessus comme une évidence. « Evangéliste » de la poésie, j’ai travaillé avec des personnes atteintes de démence, dans les écoles primaires où j’ai fait de l’alphabétisation ; j’ai aussi passé beaucoup de temps à écouter les problèmes de mes amis, avec toujours la poésie comme support : « Emergency poet » a commencé comme cela. Etant mère célibataire, je n’avais personne sur le dos pour me dire que mon projet était insensé !

Déborah, vous recevez vos « patients » dans une ambulance. Pouvez-vous nous en dire davantage sur le déroulement de vos consultations?
Le « patient » pénètre à l’arrière de l’ambulance. Il s’allonge sur une civière. Puis je lui pose des questions sur ses goûts, ses préférences littéraires mais aussi sur ses motivations personnelles. Au terme de la consultation, je sélectionne un poème et je lis les passages auxquels le patient devra accorder une attention toute particulière.

Faites-vous des recommandations particulières aux personnes qui viennent vous consulter ?
Oui! Je leur suggère de trouver un endroit calme propice à l’ingestion de leur « remède poétique ». Et précise le contexte dans lequel il doit être pris : par exemple, avec une boisson chaude avant d’aller se coucher ou en écoutant un chant d’oiseaux !

« La poésie est une prière »

La poésie a-t-elle  réellement des vertus thérapeutiques ?
La poésie est ce qui permet de nous relier, d’entrer en empathie. La poésie, c’est une prière, un chant, qui apaise, rassure, réconforte, nous aide à ne plus nous sentir seul et participe de notre guérison émotionnelle.

Quel est le dernier poème que vous vous êtes prescrit à vous même ?
Voilà une belle question! Il y a tellement de mauvaises nouvelles dans le monde à l’heure actuelle qu’il est parfois difficile de rester positif, alors je me répète mentalement un poème de Adam Zagajewski intitulé Try to Praise Monde Mutilated (Essayez de louer le monde mutilé*).

Deborah Alma est également l’auteure d’un livre « Emergency Poet : An anti-stress Poetry Anthologie » (en anglais uniquement). Une sélection de poèmes qu’elle utilise régulièrement pour soigner l’anxiété, le stress, l’insomnie… Pour en savoir plus  : www.emergencypoet.com.



*Try to Praise the Mutilated World

Remember June’s long days,
and wild strawberries, drops of rosé wine.
The nettles that methodically overgrow
the abandoned homesteads of exiles.
You must praise the mutilated world.
You watched the stylish yachts and ships;
one of them had a long trip ahead of it,
while salty oblivion awaited others.
You’ve seen the refugees going nowhere,
you’ve heard the executioners sing joyfully.
You should praise the mutilated world.
Remember the moments when we were together
in a white room and the curtain fluttered.
Return in thought to the concert where music flared.
You gathered acorns in the park in autumn
and leaves eddied over the earth’s scars.
Praise the mutilated world
and the gray feather a thrush lost,
and the gentle light that strays and vanishes
and returns.

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