LES MOTS SAVENT DE NOUS CE QUE NOUS IGNORONS D’EUX

images-4Je place un papier blanc sur la table et j’attends que les mots, attirés par la luminosité viennent s’y prendre » (Christian Bobin, L’Inespérée, Folio, 1996).

Attendre et laisser parler les mots. J’aime cette idée si contraire à tout ce qu’on nous enseigne, à l’école en particulier.

En France, pays cartésien par excellence, les mots et les livres sont synonymes de connaissance, de savoir, pieds et poings liés à une « culture savante » chevillée à l’intellect.

Sortir du cadre, entrer dans le corps

Il y a cette idée très ancrée que lire, et plus encore écrire, serait réservé à ceux qui « savent », reléguant tous les autres en dehors de la « zone de culture protégée ». C’est ainsi qu’on entend souvent ces derniers proclamer « je n’aime pas lire, je n’aime pas écrire ».

Le livre fait peur, le livre intimide… tant on l’associe au mental. Le livre est pourtant l’occasion d’une rencontre du corps et de l’esprit dont les effets sont insoupçonnés !

Lire à voix basse, lire à voix en haute. Lire en mouvement. Lire un texte en dansant, en marchant. Ecrire de travers, de toutes les couleurs, écrire des phrases ou juste des mots. Sortir du cadre, entrer dans le corps. Pour découvrir l’infini des possibles.

Dans L’art de lire ou comment résister à l’adversité (Belin, 2008), l’anthropologue Michèle Petit montre comment des adultes mais aussi des enfants, peu lettrés et confrontés à des catastrophes naturelles, des conflits armés,  parviennent ainsi à recoudre les fils de leur vie grâce à des contes et des histoires.

Recoudre les fils de sa vie avec des histoires

Dans un espace libéré d’attentes, d’objectifs et de résultats, où s’invitent les silences, l’imaginaire et l’intuition, le Verbe se déploie un peu à la façon du génie sortant de sa bouteille.

Dans Souviens-toi de ta Noblesse (éditions Le Grand Souffle, 2008), Marie Milis fait le même constat. Professeur de mathématique et d’éthique à Bruxelles, elle demande à ses élèves, des collégiens, de rédiger un poème selon une pédagogie inédite qu’elle a théorisée et appelée « Auto-louange ». Héritée d’une  pratique ancestrale africaine, cette méthode consiste à écrire puis proclamer un texte qui parle de soi, sans mensonge mais en grossissant le trait.

Réveiller « l’enfant aux cheveux blancs »

Exercice compliqué… surtout pour des adolescents dont le parcours est jalonné d’échecs et d’exclusions.

Et pourtant, le résultat est là, époustouflant…

Je suis Eclair

Je brille de toute ma beauté

Papillon, je vole à ailes déployées

Je ne permettrai pas d’échouer sur un banc de sable

Et de casser mes ailes

Je suis l’héroïne de ma vie

Je suis la lumière de la lune

Ma vie est rivière sous les tempêtes

Je suis la lumière qui jamais ne s’éteint 

(Svetlana)

Et « le Verbe fut » !

En prenant conscience de notre grandeur et de notre beauté, nous nous reconnectons à ce que l’écrivaine Lorette Nobécourt appelle « l’enfant aux cheveux blancs », cet être impermanent, par nature créatif et dansant, qui nous habite en silence et ne demande qu’à se réveiller !

 



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Quand nous lisons, nous mobilisons notre corps et adaptons – consciemment ou non – notre respiration.
Et nul besoin de lire l’intégral de Tolstoï ou de Proust pour en ressentir les bienfaits. Une étude réalisée par Mindlab international à l’université de Sussex (Royaume-Uni) souligne que lire un livre réduit le stress de 68% et ce, dès le sixième minute.



LES LIVRES PRENNENT SOIN DE VOUS

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Comment retrouver une sécurité intérieure quand la peur et un sentiment persistant d’impermanence prennent toute la place ?

Dix jours après la tragédie du 13 novembre, j’ai la conviction que les arts, la littérature et la poésie en particulier sont d’extraordinaires remèdes contre les ombres intérieures et extérieures qui nous habitent.

Dans « Les livres prennent soin de nous. Pour une bibliothérapie créative » (Actes Sud), Régine Détambel raconte comment la lecture d’Un barrage contre le Pacifique » de Marguerite Duras a aidé Laure Adler « à reprendre souffle et à envisager le lendemain » après la perte d’un fils.

Pour Marc-Alain Ouaknin, l’auteur de « Bibliothérapie. Lire, c’est guérir » (Points), le récit offre une possibilité de renaître à chaque instant. Des garrots et des baumes composés essentiellement de poésie, de contes et d’oeuvres de fiction pour renouer avec notre capacité d’auto-création…

Vous voulez soigner votre stress et apaiser votre peur de la mort ? Lisez « L’homme qui plantait des arbres » de Jean Giono et « Bruit de fond » de Don DeLillo, conseillent notamment Ella Berthoud et Susan Elderkin dans « Remèdes littéraires » (JC Lattès). Pour ma part,  la poésie a le don de calmer l’irrégularité de ma respiration. Pendant les jours qui ont suivi les attentats de Paris,  j’ai lu en boucle comme un mantra un petit poème de Rûmi*.

« Le rythme de la poésie est l’accord parfait de tous les rythmes humains. Il est la pulsation absolue. Il agit comme le cœur de la mère sur son bébé. » 1 

Quand nous lisons – et c’est encore plus vrai quand nous lisons à voix haute – l’esprit et le corps font du peau à peau, avec un effet curatif comparable à celui observé en musicothérapie. De cette interaction entre le corps et l’esprit – que nous impulsons en lisant – naît une vibration, un chant qui vous enveloppe, vous caresse, vous bouscule, vous prend par la main.

Les livres sont à tort associés exclusivement à l’intellect comme si le mouvement et la chair devaient en être exclus. Rien n’est plus faux. 

« La lecture bibliothérapeutique est une opération de dissémination qui restitue la vie, le mouvement et le temps, au coeur même des mots (…) Peut-être qu’on saura un jour qu’il n’y avait pas de littérature, mais seulement de la médecine… »
(Marc-Alain Ouaknin, « Lire, c’est guérir »)

Les livres sont vivants. Il y a ceux qui vous malmènent pour vous asséner une vérité profonde, les sentimentaux qui vous chuchotent des douceurs à l’oreille, les rebelles qui vous entraînent sur les chemins de traverse.

Mais aussi l’odeur et la texture du papier, le bruissement des pages, le silence entre les mots.

Lire. Sentir les lettres, les ressentir, les écrire. Respirer. Souffler. 

Pour laisser la beauté et la lumière nous pénétrer à nouveau. Pour vivre tout simplement.

1 Dans ce passage des « Livres prennent soin de nous », Régine Detambel évoque une étude réalisée en 1946 par une psychothérapeute, Lucie Guillet, montrant les bienfaits de la poésiticothérapie sur des malades psychiatriques.


*Tout est un, la vague et la perle
La mer et la pierre

Rien de ce qui existe en ce monde
N’est en dehors de toi.
Cherche bien en toi-même
Ce que tu veux être puisque tu es tout

L’histoire entière du monde sommeille
en chacun de nous

 

LA TERRE QUI PENCHE

Carole Martinez est une écrivaine française. Son premier roman, Le Cœur cousu, publié en 2007 a reçu neuf prix. Son second, Du domaine des Murmures, a obtenu le prix Goncourt des lycéens en 2011. Dans La Terre qui penche, son troisième roman, elle conte l’histoire d’une femme morte depuis des centaines d’années, qui se perd dans les dédales de ses souvenirs, et celle de la petite fille qu’elle a été et qui lui raconte sa vie.
Pour lire l’interview de Carole Martinez c’est ICI

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Carole Martinez est une fée. Une vraie fée. Ses livres sont peuplés de trésors, de fines dentelles, d’incantations et de collines qui chantent. La nature y est bavarde, les « ogres » omniprésents et les femmes belles et rebelles.

J’ai guetté la sortie en librairie de son troisième roman, La Terre qui penche comme un enfant attend son goûter à la sortie de l’école. Avec une impatience nerveuse et enthousiaste.

Après avoir exploré sa lignée maternelle dans Le cœur cousu, plongé dans l’esprit d’une emmurée vivante dans Du domaine des murmures, Carole Martinez revient avec l’histoire de Blanche, une petite fille dont le récit se conjugue avec celui de son fantôme, la Vieille âme. Nous sommes en 1361. Blanche a 11 ans et demi et voudrait savoir écrire les lettres de son prénom pour les broder au fil rouge sur sa chemise.

Mais son père, n’en a que faire et l’emmène loin de la demeure familiale pour la fiancer à une garçon étrange aux yeux clairs et au regard vide. La Vieille Ame commente, donne sa version des faits, se mélange les pinceaux. Sa mémoire vacillante parsemée de trous, dans lesquels se glissent souvenirs réels et inventés,  interroge : Que restera-t-il de l’enfant que nous avons été ? Que restera-t-il de nous quand la terre aura avalé les dernières poussières de nos corps ?

« C’est étrange mais je ne parviens pas à me souvenir de ma fin. Je ne sais pas comment j’ai bien pu mourir et tu ne me racontes jamais ta mort, ou peut-être la racontes-tu et ne suis-je pas capable de l’entendre et de la retenir, peut-être qu’il me faut oublier ma fin pour parvenir à réécouter toute l’histoire. »

Dans La Terre qui penche, comme dans ses précédents romans, Carole Martinez exalte le Féminin ou la capacité de ces femmes et de ces filles, dominées par des pères auxquels la société a donné tous les droits, à transmuter leur condition, à transcender leur destin.

Blanche est de ces êtres qui courent avec les loups*, qui s’éveillent à la vie et font la découverte de leur propre puissance malgré les obstacles.

Et les obstacles sont nombreux. Il y a le père bien sûr, violent et autoritaire, la mère, absente, le géant qui broie les petites filles comme de vulgaires moustiques mais aussi La loue, cette rivière qui nettoie la terre de ses hommes.

« Cette mère-là me submerge d’amour et je ne respire plus. Cette mère-là exige tant qu’elle m’étouffe, qu’elle me prend dans sa toile, qu’elle me noie, que son amour dément me vampirise, me submerge, m’anéantie. Elle est la déesse toute-puissante qui m’a offert son sang et réclame le mien. Affamée, jamais rassasiée, elle n’a que moi à aimer ».

Quand j’ai refermé La Terre qui penche, je l’ai reposé avec une infinie délicatesse sur l’étagère de ma bibliothèque, craignant que la Loue ne déborde et n’emporte la vague sur laquelle je m’étais installée pendant ce périple en terre de Murmures.

Le conte est souvent cruel. Mais comme toujours chez Carole Martinez, la beauté et la violence, l’ombre et la lumière, le corps et l’esprit, se croisent, se confrontent, rejoignant le même sillon tortueux mais beau de notre humanité.

La Terre qui penche de Carole Martinez, Gallimard, 368 pages, 20 €.

* Femmes qui courent avec les loups, Clarissa Pinkola Estès, Le Livre de poche.

LE SYNDROME DU POISSON-LUNE

Depuis 1997, Emmanuel Druon est à la tête de Pocheco, une usine de fabrication d’enveloppes de 114 salariés, à Forest-sur-Marque, dans la région lilloise. En l’espace de quelques années, ce dirigeant atypique et avant-gardiste, a transformé de fond en comble l’entreprise selon une notion qu’il a baptisée « Ecolomie » : un doux mélange d’écologie et d’économie. Il incarne une voie alternative, à contre-courant du modèle dominant dont il dénonce ici les ravages. 

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« Le syndrome du poisson-lune. Un manifeste d’anti-management »Quand j’ai entendu pour la première fois le titre de ce livre, le mot « management » m’a sauté à la figure. Pendant quelques millièmes de secondes, mon mental s’est mis à tourbillonner : reporting, évaluation, contrôle, process, … Autant vous dire que je suis passée en un claquement de doigt de 1 à 10 sur l’échelle du stress. Avant que mon cerveau ne revienne à la raison et comprenne qu’il s’agissait là d’ANTI-management. Ouf !

Dans ce livre publié dans la belle collection « Domaine du possible » en partenariat avec le mouvement Colibris, Emmanuel Druon revient dans un premier temps sur la tentative de rachat de la papèterie de Docelles dans les Vosges.
Le récit de ses tractations avortées avec des consultants arrogants durant lesquelles il se sent un peu comme « Oui-Oui face à la World Compagny » se lit comme un roman. Un roman noir qui montre le cynisme d’un système dont le profit constitue l’alpha et l’oméga.

« Le poisson-lune est le seul organisme vivant qui croît sans discontinuer, jusqu’à la mort ».

Chaque salarié à son niveau a pu en subir les effets. Car la recette est toujours la même : une bonne dose de contrôle, une pincée généreuse de petits chefs zélés et serviles, une grosse cuillère de process absurdes et de « franglais », une louche de manipulation, le tout saupoudré de « dialogue » et de « prévention des risques psycho-sociaux ». C’est un peu comme une viande avariée que l’on camoufle sous une sauce épicée, la digestion peut s’avérer difficile. Voire mortelle. 

Ce modèle érigé en dogme et répété tel un mantra hypnotique par la plupart des entreprises ne profite à personne, souvent pas même au client qu’il est sensé servir. Il écorche la terre et aliènent les hommes.

Evidemment, rien de tout cela chez Pocheco. Emmanuel Druon raconte le soin apporté à la terre et aux hommes justement. De quoi donner de l’espoir à tous les salariés désenchantés qui comme moi croyaient les maux de l’entreprise incurables.

Récupération des eaux de pluie, valorisation des déchets, dans son usine, rien ne se perd tout se transforme. On y trouve même des ruches et un verger !

Mais ici le respect de l’environnement n’est pas ni un prétexte ni une opération de communication.

« Nous croyons à la douceur […] En libérant les esprits de contraintes absurdes et de systèmes sectaires frôlant parfois, ou les dépassant carrément, les normes de l’acceptable, on retrouve l’intelligence dans toutes ses dimensions. »

De la douceur, du beau et du sensible … comme inspiration au quotidien dans les relations de travail.

A Pocheco, on s’écoute, on partage, on privilégie les talents plutôt que les compétences, la hiérarchie est (quasi) inexistante, les dividendes sont systématiquement réinvestis dans l’entreprise, et le delta entre le plus haut et le plus bas salaire est de 1 à 4.

Et ça marche !  Emmanuel Druon fait la démonstration brillante qu’une autre voie,  économiquement viable, humainement acceptable, est possible et surtout reproductible. Que bonheur au travail peut rimer avec efficacité, autonomie et écologie rimer avec rentabilité !

Un message lumineux qui résonne comme une invitation à modifier radicalement nos comportements. Car de nos choix collectifs mais aussi individuels dépend aujourd’hui ce changement de société.

Et vous qu’en pensez-vous ?

Le Syndrome du Poisson Lune, Actes Sud, 208 pages, 19,80 €

LES PUTAINS MEUTRIÈRES

Poète et romancier chilien, Roberto est l’un des écrivains dont l’oeuvre est reconnue dans le monde entier. Des putains meurtrières (Christian Bourgeois Editeur, 2003) est un recueil de treize nouvelles qui nous introduisent dans des parties de l’univers de l’auteur que ses précédentes œuvres n’avaient que peu explorées.

« Il faut que tu lises Roberto Bolaño. Ca va te plaire ». Ce conseil prodigué par une amie il y a presque une décennie s’est quelque part niché dans mon hémisphère droit sans que mon hémisphère gauche ne se décide à passer le pas (à moins que ce se soit l’inverse…).

Ce n’est qu’en lisant le merveilleux « Patagonie intérieure » (Grasset, 2013), de Lorette Nobécourt, que ce conseil m’est revenu en mémoire.

«  C’est à cause de lui (Bolaño) que je suis venue au Chili, grâce à lui que j’écris le roman que je suis en train d’écrire », dit l’écrivaine.

Après la lecture de ce voyage en terre de feu, je me rends donc dans ma librairie préférée acquérir trois livres de ce grand écrivain chilien dont je ne connais rien.

Parmi eux, Des putains meurtrières, petit opus de 13 nouvelles que j’ai avalées goulument sans retenue, telle une ogresse affamée. Publiées en 2001, elles donnent le ton de l’œuvre immense de Roberto Bolaño. Ici point de conseils ni d’invitation à changer de point de vue mais une musique qui, du cœur au cerveau, du ventre au cœur, vous traverse entièrement.

Il est des livres qui nous soignent car ils résonnent en nous. Pas forcément par le message qu’ils délivrent ou les propos qu’ils tiennent mais par le rythme et l’énergie qu’ils dégagent.

Des putains meurtrières en fait partie.

Dans ces courts récits, il est question du régime militaire chilien, des errances de ses réfugiés en quête de sens. Prétexte pour parler du désespoir, de la folie du monde, de sa laideur mais de sa beauté aussi.

Ces variations sur l’absurdité des hommes n’ont bizarrement rien de déprimant. Bien au contraire. La petite musique de Bolaño nous tord le cœur autant qu’elle l’embrase.

Roberto Bolaño, c’est un écrivain qui est capable d’écrire ça :

« Au milieu du tunnel, nos bras enfin pourront s’entrelacer, et même si là l’obscurité est si profonde que nous ne pourrons pas voir nos visages, je sais que nous avancerons sans crainte… […] »

… et ça :

« J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle c’est qu’il y a une vie (ou quelque chose qui y ressemble) après la mort. La mauvaise nouvelle est que Jean-Claude Villeneuve est nécrophile ».

La langue est parfois acide, souvent crue et piquante, le regard pointant le grotesque et dénichant l’absurde qui confine à la bêtise.

Mais une vague de poésie et de lumière enveloppe et entraîne avec elle tout sur son passage. Irradiant au passage les âmes, et la mienne en particulier. C’est le mystère des chants désespérés.

On ne le croirait pas, mais je suis né dans le quartier des Empalados. Le nom brille comme la lune. Le nom avec sa corne ouvre un chemin dans le sommeil et l’homme chemine sur ce sentier. Un sentier tremblant. Toujours cruel. Le sentier qui mène à l’Enfer, ou le sentier qui en sort. C’est à quoi tout se réduit. A s’approcher ou à s’éloigner de l’Enfer. 

La danse des lettres et des virgules, le souffle des mots agissent comme un pansement, plus que les mots eux-mêmes.

Et vous, quels sont les mots qui vous font vibrer?

Les putains meurtrières, Christian Bourgeois, 2003, 294 pages, 22€.

LE FIL ROUGE. MANUEL DE TES PREMIÈRES LUNES

DeAnna L’Am est l’auteure du manuel Le Fil Rouge, manuel de tes premières lunes, autoédité en français par Lunafemina. Disponible à la vente (13€). Informations sur www.lunafemina.com

 

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J’ai douze ans et des tâches rouges au fond de ma culotte. Ca clignote dans mon cerveau : règles, règles, règles… Les mots de ma mère me reviennent en mémoire : quand on a ses règles, c’est qu’on est en train de devenir une femme.

Gêne, mains moites et douleurs au ventre… je ne sais que faire ce nouveau statut…

Presque trois décennies plus tard, je me dis que j’aurais adoré, adolescente, avoir entre les mains « Le fil rouge. Manuel des tes premières lunes », écrit par DeAnna L’Am. Déjà parce qu’il est BEAU et surtout parce qu’il est UTILE.

Récemment adapté en français, ce joli livret au graphisme délicat est destiné aux jeunes filles qui découvrent leurs premières règles mais aussi à toutes les femmes désireuses de retrouver et/ou de célébrer le Féminin.

Qu’est-ce que la menstruation ? Comment les règles se passent-elles ? Pourquoi la menstruation est-elle puissante ? Autant de questions auxquelles ce manuel apporte des réponses claires, simples, rassurantes et pleines de sens. Un voyage intime au cœur du cycle féminin illustré par des dessins, poétiques, spirituels et rouges… forcément.

Dans les sociétés indigènes, les menstruations étaient considérées comme un moment pendant lequel les femmes avaient accès au sacré.

Le Fil rouge nous le rappelle : Les mères enseignaient à leur filles que chaque femme portent en elle le cycle de la lune.

Aujourd’hui, dans nos sociétés occidentales, les femmes doivent faire comme si rien ne se passait. Les tabous religieux, les croyances, les clichés, la négation de la nature et du sacré y contribuent largement. A nous les femmes de renverser la donne !

En prenant soin de nous, en faisant de nos lunes un moment privilégié et créatif, bref en étant à l’écoute de nous-mêmes. Moi qui suis toujours épuisée pendant mes règles, j’ai essayé de mettre en pratique les « petits trucs » de DeAnna L’Am. Parmi ces conseils, j’ai adoré celui-là : s’entourer de rouge !

J’ai ressorti ma robe à petites fleurs écarlates, mangé à profusion fraises et framboises et recouvert mes ongles d’une couleur vermillon pour moi très inhabituelle. Euphorisant !

Nous sommes toutes connectées « par le fil rouge de notre flux menstruel », nous dit l’auteure.

Et vous ? Qu’en pensez-vous ?

L’INTERPRÉTATION PSYCHANALYTIQUE DES RÊVES

Tristan Moir, psychanalyste d’obédience jungienne est spécialisé dans l’orinologie. A Paris, l’auteur de L’interprétation psychanalytique des rêves (Ed. de L’archipel) anime en direct chaque lundi de 23 h à 1 h sur « Ici & Maintenant » (95.2 FM) une émission de radio d’interprétation des rêves.
Pour lire l’interview de Tristan Moir, c’est ICI


Cette nuit encore, j’ai fait un rêve bizarre et improbable. J’ai rêvé que je me rendais à Moscou sur le dos d’un aigle !

Longtemps les rêves m’ont semblé incompréhensibles, invraisemblables, tordus. Ma salle de bain qui donne sur un passage secret, ma fille qui se dédouble, mon voisin qui rapetisse sous mes yeux, un tsunami qui s’abat dans le jardin de mes beaux-parents et j’en passe… J’avais beau les noter à la va vite sur un carnet, la cerveau encore embrumé et les cheveux en bataille… les images de la nuit m’apparaissaient vaines  et absurdes, disparaissant aussi vite que des bulles de savon. Frustrant…!

Alors incohérents nos rêves ? Que nenni ! explique en filigrane Tristan Moir dans un livre intitulé L’interprétation psychanalytique des rêves  publié en octobre 2014 aux éditions l’Archipel.

Le psychothérapeute et psychanalyste le clame haut et fort : les rêves ont un sens ! Et tout le monde rêve environ 90 minutes par nuit… sans exception.

Exemples à l’appui, Tristan Moir s’emploie, tel Hercule Poirot face au crime non élucidé, à passer au crible tous les éléments de nos voyages nocturnes : l’environnement, les personnes, les jeux de mots… il reconstitue toutes les pièces du puzzle onirique, étape par étape.
Sa méthode, basée sur l’étude du langage du rêve par l’observation de sa sémantique et de sa syntaxe, se fonde également sur une analyse approfondie de  la symbolique universelle, de la mythologie, des contes et légendes, des traditions spirituelles et philosophiques de nombreuses cultures. D’une précision millimétrée, elle se déploie avec une rigueur sans faille.
Contrairement aux idées reçues, nos songes sont potentiellement aussi logiques que des équations mathématiques!

L’auteur l’illustre tout au long de son essai, retranscrivant, décryptant et explorant dans les moindres détails de nombreux rêves. Mais n’est pas onirologue qui veut ! S ’initier à l’interprétation des songes, c’est un peu comme apprendre une langue étrangère. Il faut s’entrainer, persévérer et surtout pratiquer.

Soyez attentifs aux détails du scénario, dit en substance l’onirologue. Le rêve a sa propre logique, ses codes peuplés de symboles universels et de références multiples. Il nous livre ses messages par petites touches, parfois avec humour, avançant toujours masqué.

A nous aussi de lire entre les lignes ! Pour découvrir ce que ces voyages nocturnes ont à nous dire sur notre vie, nos choix, notre rapport aux autres.

Prendre le temps d’écouter la petite musique des rêves, c’est ouvrir grande la porte de notre inconscient. Mais encore faut-il savoir se rendre disponible pour appréhender les messages qu’ils nous envoient.

Le jeu en vaut la chandelle car les rêves, affirme Tristan Moir, sont comme un coup de projecteur sur les zones méconnues ou malmenées de notre âme, bref, ils permettent de nous reconnecter avec nous-même.

« L’interprétation du rêve nous ouvre sur l’immensité de notre nature intérieure, libère notre Moi étriqué par les limites de nos conditionnements familiaux ou culturels et nous situe à notre juste place. »

Pour moi, les rêves continuent de garder leur part de mystère mais l’écho de leurs murmures ne résonne désormais plus de manière incohérente!

Et vous ? Quid de vos rêves ? Si vous avez lu le livre de Tristan Moir, qu’en avez-vous pensé ? Livrez-moi vos commentaires !

L’interprétation psychanalytique des rêves, L’Archipel, 2014, 22 €.